
Journée Internationale de l'Enfant Soldat du 12 février 2011. photo: Anaïs BOURQUIN
Le 12 février dernier, la Journée internationale de l’enfant soldat (JIES) était célébrée dans le monde entier. Pour présenter sa vision en matière de réinsertion des enfants soldats et sensibiliser le public à ce phénomène, ECI-DDR a tenu une conférence-débat sur ce thème, en présence d’intervenants de haut rang, membres de l’association et acteurs de la réinsertion.
A l’image de l’assistance présente lors de cet événement, près de 70 personnes, ECI-DDR est par nature une association internationale, composée de membres de nationalités différentes, spécialistes dans les différentes disciplines concernées par la démobilisation et la réinsertion des enfants soldats – droit international et humanitaire, géopolitique, gestion de situation de crises – ou présentant des compétences complémentaires – communication, gestion de projet.
Récemment élu Président d’ECI-DDR, Gérard Lemoine a inauguré la conférence, après avoir rappelé la contribution précieuse de Bernie Le Van Xieu, son prédécesseur, pour le lancement de l’association.

Gérard LEMOINE, Président D'ECI. photo: Anaïs BOURQUIN
Il a rappelé que la date du 12 février a été choisie pour célébrer la JIES parce qu’elle marque la date anniversaire de l’entrée en vigueur du Protocole facultatif à la Convention de l’ONU relative aux droits de l’enfant, concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés. Ce phénomène, véritable fléau qui concerne de nombreux pays, menace la paix et la sécurité internationale.
Qu’ils soient déjà démobilisés ou non, les enfants soldats sont des citoyens qui participeront à la construction de l’avenir de leur pays. Leur passé traumatisant nécessite une prise en charge adaptée pour les aider à se reconstruire et les accompagner dans leur retour à la vie civile.
C’est précisément là qu’intervient ECI-DDR.

Paul Perrin, Fondateur et Délégué Général d’ECI. photo: Anaïs BOURQUIN
Paul Perrin, co-fondateur de l’association, a exposé l’ambition et la vision d’ECI-DDR : soutenir les anciens enfants soldats dans leur réinsertion en leur proposant, dans un cadre adapté, une formation professionnelle et en les accompagnant jusqu’à leur intégration dans le tissu social et économique local. Pour cela, l’association a élaboré un modèle de centre de réinsertion, pouvant accueillir jusqu’à 50 enfants chaque année et être décliné pour s’adapter aux besoins spécifiques de chaque zone. Associée à ses partenaires de terrain, Simmama et HAMAP, ECI-DDR est d’ores et déjà active, malgré sa relative jeunesse, dans divers pays, et notamment au Congo.
Amri Bouriala et Antoine Schmitt, deux membres actifs d’ECI-DDR, ont ensuite rappelé les caractéristiques des enfants soldats (psychologiques, sociales) et procédé à un état des lieux sur la situation des enfants soldats dans le monde, qui connaît aussi bien des avancées dans certains pays (Philippines, Sud-Soudan, Sri Lanka), qu’une persistance du phénomène (RDC).

Amri Bouriala, Formateur au ministère de la Justice, spécialiste des enfants soldats. photo: Anaïs BOURQUIN

Antoine Schmitt, Chargé de veille humanitaire ECI. photo: Anaïs BOURQUIN
Astucieusement orchestrée par Ibrahim El Ali, la conférence s’est poursuivie par l’intervention de Sory Brahim Camara, qui a développé la notion de déstructuration des Etats africains, expliquant les effets de l’absence de fondations dans ces pays sur la situation sociopolitique en Afrique. Il a souligné que le phénomène des enfants soldats est lié à des facteurs aussi bien moraux et politiques, qu’économiques et éthiques. Enfin, Monsieur Camara a précisé que le défaut de structures éducatives et la fragilité des cellules familiales augmentent le risque de voir les enfants envoyés par leur famille pour intégrer les forces militaires.

Ibrahim El Ali, président de l’ONG Bluegreen et membre du Conseil d’administration d’ECI ; Sory Brahim Camara, Chargé des relations avec l'international du Président ivoirien Ouattara ; Cyril Musila, Professeur de géopolitique des confits africains & construction de la paix et Chercheur associé à l'Institut français des relations internationales. photo: Anaïs BOURQUIN
Après cet éclairage averti, Cyril Musila a proposé un décryptage en profondeur de la région des Grands Lacs. Il a rappelé l’ancienneté de la présence d’enfants soldats dans cette région de l’est de l’Afrique : apparu au milieu des années 80, ce phénomène est parti de l’Ouganda pour atteindre la RDC, puis la Centrafrique, avec pour constante des objectifs politiques (prendre le pouvoir) ou idéologiques (instaurer une certaine vision du pouvoir). Aujourd’hui, les forces armées sont entre autres constituées d’enfants soldats de 2e ou 3e génération, qui se retrouvent à combattre d’anciennes rébellions ayant depuis accédé au pouvoir. Ces générations se caractérisent par une transformation de la place et du rôle des enfants soldats, garçons et filles confondus.
Cette année encore, nous avons pu compter sur la présence de Lucien Badjoko. Ancien enfant soldat ayant combattu en RDC et auteur du livre J’étais enfant soldat (Plon), il nous a offert son témoignage, rappelant la complexité de cette problématique. Monsieur Badjoko a également présenté son association, l’Ambassade des Jeunes Victimes de Guerre. Constituée à l’initiative d’anciens enfants soldats et de militants des droits de l’homme, cette structure vise à défendre les droits et les intérêts des enfants intentionnellement impliqués dans des conflits armés.

Lucien Badjoko, auteur de "J'étais enfant soldat" (Plon). photo: Anaïs BOURQUIN
L’aspect juridique est en effet un volet délicat de la problématique des enfants soldats, notamment concernant leur responsabilité et leur statut au regard du droit international. Très loin d’être tranché, notamment en raison de l’hétérogénéité des législations selon les pays, le débat est intense sur la scène internationale… et dans l’audience que nous avons accueillie pour cette conférence ! Les questions posées par l’assistance ont, entre autres, porté sur le non respect des règles de droit international et le vide juridique concernant la réinsertion des enfants soldats. Pour apporter des éléments de réponse, nous avons pu compter sur nos spécialistes : Hassatou Baldé, Docteur en droit international et Marie-Paule Babli, Secrétaire générale d’ECI.

Marion Le Jean, Juriste international, spécialisée en droit humanitaire et de l’homme. photo: Anaïs BOURQUIN
Cet effort de sensibilisation n’aurait pas été complet sans le rappel de l’implication des jeunes filles dans les conflits armés. En l’absence d’Elodie Pelois, notre spécialiste de la question, c’est Marion Le Jean, Juriste international, spécialisée en droit humanitaire, qui a rappelé la présence massive des filles et jeunes femmes au sein des forces armées. Si elles ne sont pas toutes combattantes, elles sont utilisées comme éclaireurs ou domestiques et, parfois, comme esclaves sexuelles, étant offertes au titre d’« épouse » aux soldats.
Enfin, deux associations partenaires d’ECI-DDR nous ont fait part de leurs actions en RDC. Emmanuel Maduda, Président de « Un jeune, un métier », a présenté les formations professionnelles dispensées aux enfants soldats démobilisés.

Soeur Marguerite. photo: Anaïs BOURQUIN
Bien que sa Fondation soit présente dans plusieurs pays, c’est d’un centre également implanté dans ce pays dont Sœur Marguerite nous a parlé, détaillant son fonctionnement au quotidien dans une intervention très émouvante.
ECI-DDR remercie chaleureusement le Service Historique de la Défense qui a gracieusement hébergé cette conférence-débat dans le Pavillon du Roi, au château de Vincennes, ainsi que nos sponsors pour cet événement : l’association APICAA et la société LABARONNE CITAF.

Service Historique de la Défense au Château de Vincennes

Association pour la Promotion de l'Initiative et de la Culture en Afrique et en Asie

Ingénierie de la Citerne Souple
L’association remercie également toutes les autres personnes qui ont activement contribué à la préparation et au bon déroulement de cette journée, dont les membres d’ECI-DDR suivants : Anaïs Bourquin, Nadéra Chaber, Noelly Dzatu Akumah, Katia Fabregas, Assistante communication ECI, Nicolas Le Van Xieu, Thinh Nguyen, Webmaster ECI, Nicolas Pupier, Chargé de communication ECI, Jean-Philippe Samson, Elodie Pelois, Responsable de projets (aide au développement international) ECI, spécialiste des enfants et des filles soldats, Perrine Lacroix, chargée de communication ECI.